L'atelier de Villemorge

Musée des Beaux-Arts d’Angers exposition Edward Baran

Suite à la visite de l’exposition de Jean Gilles Badaire au Centre d’Art de Montrelais

Exposition François Dilasser, domaine de Kerguéhennec (56)

Suite à la visite de l’exposition de Jean Gilles Badaire au Centre d’Art de Montrelais

Nous entrons dans l’univers de Jean Gilles Badaire comme pour se mettre à l’ombre quand le soleil d’été tape dur et que nous éprouvons le besoin de mieux respirer en prenant du temps. Mais devant ses tableaux nous sommes pris dans un tourbillon de sensations qui nous entraînent loin de ce que nous pensons voir. Des paysages, des bouquets, des natures mortes, des personnages, tout fait peinture, un landau, une charrette, des ceps de vigne, des bols, rien a priori de novateur sauf que tout cela passe par le peintre et ses matières et que le visible est décalé, modifié, soumis à une alchimie qui mêle étrangement le réel et le rêvé.

Le Centre d’Art de Montrelais présente des toiles et des peintures sur papier provenant de carnets sur lesquels le peintre accomplit son travail journalier. Les dates sont intégrées aux œuvres comme des signes du temps qui s’écoule et qui un instant a été fixé. Les tableaux de grand format sont de deux sortes : les bouquets et les femmes vues de dos.

Pour les bouquets pas de couleur, un rouge incandescent parfois avant que l’ensemble ne chavire dans le gris de cendre et le noir charbonneux. Les fleurs, les feuilles, les tiges sont calcinées, desséchées, à la limite de tomber en poussière. Les vases ne sont pas épargnés qui sont traités pareillement. Pourtant ça tient, avec cette matière bitumeuse et mate, épaisse et creusée de sillons ou rayée de traits épais réalisés peut-être avec du plâtre, du sable, un matériau qui attache l’œuvre à la réalité, lui donne un équilibre et fait jouer la lumière qu’elle renferme.

Les femmes nous tournent le dos. Chevelure rousse, robe informe nouée à la taille par un lien ténu, jeune mariée ou folle, nous ne voyons pas leur visage. Jean Gilles Badaire leur laisse leur secret, ne déflore pas, même si la mariée vêtue de blanc endosse plus loin une robe sombre.

Ce sont maintenant les peintures sur papier qui retiennent notre attention. Croquis saisis par une main experte qui racontent à chaque spectateur l’histoire qu’il veut entendre. La technique du peintre permet de donner aux œuvres une impression de légèreté par les couleurs et par la manière de poser librement le pinceau ou de laisser se chevaucher les couches picturales. Pas de démonstration de force, pas de séduction, Jean Gilles Badaire propose ses visions à travers des instantanés achevés/inachevés, nous devinons qu’il ne faut pas aller trop loin sous peine de briser le charme qu’ils contiennent. Le ciel, les arbres sont brassés par le vent, tâches vibrantes et noires attachées par un trait à la terre. Les bols, le crane de chèvre et les autres objets ont une présence qui les dépasse. Nous avons l’impression d’avoir capté du fugitif, la fragilité des choses, des êtres. Nous sommes devant une certaine douceur obsédante et pervertie.

Jean Gilles Badaire est un peintre qui aime la poésie et accompagne les poètes. Cela est visible dans son travail. Sa peinture est signes et rythmes, elle se transforme en partition pour le regard. Le noir omniprésent n’est pas triste, il est lumineux. Il est l’équivalent en négatif du blanc.

Jacky Essirard 15-7-2013